À neuf mois de l'élection présidentielle, le sujet semble être celui de la dette. Pour les fascistes/racistes, on s'y attendait, il y a aussi celui de l'immigration. Mais le sujet principal sur lequel on s'écharpe, c'est celui de la dette et, par effet rebond, celui du budget et de l'économie française. Cela ouvre sur un sujet qui n'est pas beaucoup abordé à droite (du PS à l'extrême droite), celui de l'échec des politiques menées depuis Mitterrand et avec encore plus de force sous Sarkozy et Hollande avec une accélération durant les dix années macroniennes (Pouah et berk !).
Mais la dette, c'est quoi ? On peut présenter un nombre. C'est un nombre qui ne signifie plus rien et que l'on a du mal à dire ou à écrire : 3 591 170 000 000 €[1]. En lettres, ça nous donne trois mille cinq-cent quatre-vingt onze milliards et cent soixante-dix millions d'euros[2]. Moi, je n'ai aucune idée de ce que ce nombre représente bien que j'aie un vague sentiment qu'il n'a aucune commune mesure avec mon budget. J'ai le sentiment que c'est beaucoup d'argent. Ce qui est vertigineux, c'est que la charge de la dette ne cesse d'augmenter.
Trop compliqué pour ma pauvre vieille tête
Lorsque je dis que je ne comprends pas ce que représente cette dette, c'est réellement que je ne l'imagine pas, je n'ai pas les moyens intellectuels de me faire une idée de la chose. C'est abstrait. Un peu comme notre distance au soleil et la taille du soleil. Je ne comprends pas et en plus je ne suis pas économiste. C'est à dire que j'ai les bases de l'économie, l'offre et la demande et ces sortes de choses. J'ai une idée floue des différentes visions de l'économie, celles que l'on dit de gauche, celles que l'on dit de droite ; le capitalisme, le communisme, le keynésianisme, le libéralisme, Adam Smith, Marx… Une vague idée de tout ça et ça ne m'aide pas à comprendre et, surtout, à imaginer une solution au problème que l'on nous propose et même si ce problème existe, s'il y a réellement un problème.
Bon. Ce que je comprends de tout ça, c'est que pour se financer la France emprunte de l'argent sur les marchés financiers et qu'elle doit rembourser ces emprunts. Le truc, c'est qu'avec les taux d'intérêts qui augmentent, la France n'arrive même pas à payer les intérêts et, dans le même temps, est obligée d'emprunter encore davantage ce qui entraîne des intérêts encore plus importants et c'est le serpent qui se mord la queue. C'est un cercle infernal.
Et là arrivent les politiques qui arrivent avec leurs idées et leurs solutions. Pour certains·es, il faut couper dans les finances publiques et chasser ce qui coûte. Pour d'autres, il faut mettre le maximum de fric pour les services publics et pour sauver le régime social, les indemnités chômage et toutes ces sortes de choses.
Comme ça, sans rien y connaître et à la lumière de mon maigre budget d'inactif, par pur bon sens, je dirais bien que, effectivement, lorsque l'on n'a pas beaucoup d'argent, le mieux à faire est encore de ne pas dépenser trop, pas plus que possible et encore un peu moins si possible. C'est du bon sens, de la gestion raisonnable. Même si je préfère de bons produits bien savoureux et de noble extraction, je sais qu'ils sont hors de portée pour ma bourse plate et que je vais me contenter de peu et de pas cher. Et ainsi, je me range, par pur bon sens, du côté des gens de droite. Il y a de la logique derrière tout ça.
Il n'y a pas d'argent magique
Pour dépenser moins, l'État doit pouvoir faire des économies et parmi celles-ci, bien sûr, couper dans les budgets de la Sécurité sociale, de l'Éducation nationale, des aides sociales de toutes sortes. C'est simple, c'est facile à comprendre, à la portée des esprits les moins éveillés.
Mais, bien sûr, ça renâcle du côté de celles et ceux qui tiennent à tout ça, qui en profitent, qui vivent ou survivent grâce à tout ça. Ceci dit, il se trouve tout de même des gens de peu qui acceptent tout à fait l'idée dans la mesure où, selon ces personnes, ce sont les immigrés qui profitent le plus de ces mannes et qu'ils n'ont rien à faire dans notre pays. Vous connaissez tout ça.
Il y aurait comme un dilemme que ça ne m'étonnerait pas. Par exemple (juste pour exemple histoire de donner un exemple), le sujet des retraites. On nous dit[3] que l'on vit plus longtemps d'un côté et qu'il y a moins de cotisations qui rentrent pour payer les retraites. L'idée simple et logique est bien sûr de dire qu'il faut, au choix, donner moins aux retraités ou faire payer plus les cotisants ou travailler plus longtemps pour que l'on cotise plus longtemps. Les retraités voient d'un mauvais œil la promesse d'une baisse de leur pension. Les cotisants ne sont pas tout à fait d'accord pour payer plus qu'ils soient salariée/travailleurs ou employeurs. Quant à travailler plus longtemps…
Une bande de fainéants, c'est tout
Donc, repousser l'âge de départ à la retraite. S'il est vrai qu'on en trouve pour pérorer sur les plateaux télé, sur les antennes radiophoniques, dans la presse papier et sur Internet et annoncer le front haut et le menton volontaire qu'ils et elles sont prêts·es à travailler vachement plus longtemps et même jusqu'à ce que mort s'ensuive, il faut bien reconnaître que, pour certains·es, il est difficile d'envisager travailler encore passé un âge certain dans certains domaines.
En vieillissant[4], il paraît que l'on est moins efficace. C'est certain que la vue baisse, les articulations se coincent, les neurones font de la colle, les jambes flageolent, les oreilles déconnent, les artères font des nœuds, les doigts se raidissent, les mains tremblottent. Allez me mettre un petit vieux, une brave vieille, placer des composants électroniques sur une circuit imprimé, vous. Il va y avoir du déchet. Sans compter que côté rendement, pardon mais ça va pas être compétitif par rapport à de jeunes asiatiques votre affaire.
Et puis, il faut aussi prendre en compte qu'après soixante ans, si on a perdu son boulot, il ne va pas être simple de convaincre un employeur de la pertinence de vous employer. Et aussi, que pour se reconvertir pour exercer un nouvel emploi, ce n'est pas toujours bien simple. Avec l'âge, la cervelle est moins enjouée à l'idée de devoir apprendre de nouvelles techniques. Allez expliquer à quelqu'un qui a passé sa vie professionnelle à faire bien ce qu'il savait faire qu'il va devoir apprendre à coder en Rust dans une start-up et dans un open space trop cool emplit de jeunes boutonneux et boutonneuses à peine sortis de l'adolescence qui seront plein de condescendance envers l'ancêtre qui pige rien à rien, lol[5].
Mais il pourrait y avoir une solution qui pourrait s'envisager pour certains et certaines parmi les candidats·es à la retraite bien méritée afin de leur faire accepter de travailler encore quelques années. Il suffirait de les payer plus.
Évidemment, c'est à prévoir, les chargés·es des ressources humaines aidés des comptables ne manqueront pas de faire remarquer que ça accroîtra le coût de la masse salariale et que l'on serait bien mieux avisé d'embaucher du stagiaire pas cher que l'on serait capable de faire travailler plus et plus en faisant miroiter le rêve d'un contrat de travail hypothétique.
Mieux encore, on pourrait faire appel à la horde des pouilleux de travailleurs indépendants qui tirent la langue et sont prêts à faire n'importe quoi contre quelques piécettes.
Il n'empêche que l'idée de donner de l'argent contre des années de travail supplémentaires pourrait être étudiée. Gageons que ça ne marchera pas.
Supprimer la maladie
Pour faire des économies, on peut jouer sur la branche maladie de la Sécurité sociale. L'idée est déjà exploitée mais il me semble que l'on pourrait faire mieux et plus fort. Prenons deux personnes. L'une est riche ou, du moins, dans une situation financière aisée. L'autre est pauvre. Il est laid, déglingué, fourbu, foutu, cacochyme, torve. Si le premier ne sert pas forcément à grand chose pour la société, le second, lui, est à coup sûr parfaitement inutile ou aisément remplaçable par un autre "autre" en un peu meilleur état.
Alors voilà ce que l'on pourrait faire. Le riche aurait accès à une offre de soins valables en payant ce que ces soins valent ou coûtent. Pour cette élite, il y aurait des cliniques équipées du matériel à la pointe de la technologie et bien pourvues en personnel médical d'exception. Pour le pauvre, on proposerait un hôpital public composé de médecins de seconde zone ou de presque médecins voire de rebouteux. On saupoudrait ça d'une loi qui permettrait de proposer un droit à mourir et on insisterait, l'air de rien, sur le fait que ce serait la solution la plus rentable et la plus rapide et la plus radicale pour faire cesser les souffrances.
Finalement, ce serait séparer le bon grain de l'ivraie. Un malade qui peut payer, qui fait marcher l'économie, sert à la société. Un malade qui ne peut pas payer coûte et ne rapporte rien que des ennuis à n'en pas finir. L'effet corrélaire qui n'est pas à négliger, c'est que l'État serait libéré d'une belle partie des frais relatifs à la branche maladie. Il ferait même d'une pierre deux coups puisque, c'est de notoriété publique, les vieilles et vieux sont plus souvent malades et, de surcroît, plus souvent retraités. Un malade en moins c'est aussi un retraité en moins.
En finir avec les services publics et faire payer ce qui restent de pauvres
Je ne me fais pas d'illusion. Mes propositions ne suffiront pas à elles seules à épurer la dette du pays. Au moins auront-elles le mérite d'enrichir les plus riches et de faire chier les plus modestes. Pour commencer, on va augmenter les taux de TVA sur les produits de consommation courante. On va les faire travailler plus et plus longtemps s'ils ont un travail. On va exacerber l'idée selon laquelle tous les problèmes viennent des autres. Tout de même, on va les inciter à dépenser le peu qu'ils ont dans des produits ou des services dont ils n'ont pas besoin. On va les faire cracher au bassinet, on va les essorer. Et puis, à la fin, on va dire qu'il faut faire la guerre et on les enverra défendre la patrie la fleur au fusil.




























